Comment puis-je identifier le modèle de mon Solex ?

Modèle de mon Solex
2 juillet 2026
Vous venez d’hériter d’un Solex garé depuis vingt ans au fond du garage, ou vous envisagez d’en acquérir un sur une brocante. La première question surgit immédiatement : de quel modèle s’agit-il exactement ? Cette identification ne relève pas du simple détail technique. Depuis le 1er janvier 2011, l’obligation réglementaire fixée par le Ministère de l’Intérieur impose l’immatriculation de tout cyclomoteur ancien, démarche qui nécessite de fournir le genre, la marque, le type et le numéro d’identification du véhicule.Trois méthodes complémentaires permettent de dater précisément un Solex fabriqué entre 1946 et 1988. La première repose sur le numéro de série moteur gravé au pédalier, clé de voûte de l’identification. La seconde s’appuie sur les tableaux de correspondance constructeur reliant ces numéros aux modèles successifs (330, 660, 1010, 2200, 3800, Type 5000). La troisième croise les repères visuels et techniques : couleur du cadre, présence d’une béquille centrale, type de réservoir, diamètre des roues. Ce guide décrypte ces approches selon une logique pragmatique, en partant du numéro gravé sur le véhicule pour remonter jusqu’à son année de fabrication exacte.

L’identification d’un cyclomoteur ancien répond à une double nécessité : satisfaire aux exigences administratives d’immatriculation et garantir l’achat de pièces détachées compatibles. Sans référence précise du modèle, aucune démarche légale ni restauration cohérente ne devient possible.

Les collectionneurs et restaurateurs s’accordent sur une méthode en trois temps : localiser le numéro moteur gravé sur le cadre, le croiser avec les tableaux chronologiques officiels archivés par les associations de passionnés, puis vérifier la cohérence avec les équipements observables. Cette approche progressive élimine les risques d’erreur, même face à un véhicule dont l’historique demeure flou ou partiellement documenté.

Votre plan d’action pour identifier votre Solex en 3 étapes

  • Localisez le numéro de série moteur gravé à la base de la poutre centrale, au niveau du pédalier (nettoyage à la brosse métallique douce si nécessaire)
  • Consultez les tableaux de correspondance constructeur pour relier ce numéro à un modèle précis (330 à 3800) et à sa période de production
  • Recoupez avec les équipements visibles (béquille, porte-bagages, couleur du cadre, diamètre de roues) pour confirmer la cohérence et détecter un éventuel remplacement de moteur

Deux emplacements essentiels pour retrouver les numéros de série

Le numéro de série moteur se trouve systématiquement gravé à la base de la poutre centrale du cadre, précisément au niveau du pédalier. Cette gravure à sept chiffres (pour les premiers modèles) puis à sept ou huit chiffres (à partir des années 1960) constitue la donnée la plus fiable. Contrairement à une idée reçue tenace, ce numéro n’apparaît pas sur le carter moteur lui-même, mais bien sur le cadre, à proximité immédiate du mécanisme de pédalage.

Les modèles fabriqués jusqu’en 1961 (du premier Solex commercialisé en mai 1946 jusqu’au modèle 2200) possédaient également un numéro de cadre distinct, frappé sur la partie avant de la poutre. L’analyse des tableaux constructeur révèle que cette double numérotation disparaît progressivement après le Solex 2200, simplifiant la démarche d’identification mais rendant le numéro moteur d’autant plus indispensable. Pour identifier son Solex avec certitude, cette gravure au pédalier demeure donc l’unique référence stable sur l’ensemble de la production.

L’erreur la plus fréquemment constatée lors de l’identification consiste à confondre le numéro moteur avec d’autres marquages présents sur le véhicule : numéro de série de composants isolés (carburateur, allumage), tampons de contrôle technique anciens, ou encore gravures ajoutées par des propriétaires successifs. La rouille et l’accumulation de boue peuvent également rendre la lecture difficile. Un nettoyage délicat à la brosse métallique douce, sans produit abrasif, suffit généralement à retrouver la lisibilité complète.

Quelle méthode pour votre situation ?
  • Si le numéro moteur est parfaitement lisible :
    Consultez directement les tableaux de correspondance constructeur (section suivante) pour identifier le modèle et la période de production en moins de deux minutes.
  • Si le numéro est partiellement effacé ou douteux :
    Nettoyez la zone au pédalier avec une brosse métallique douce, puis recoupez les chiffres lisibles avec les repères visuels (couleur, équipements, roues) pour affiner l’identification.
  • Si le numéro est totalement illisible ou si vous suspectez un remplacement de moteur :
    Basez-vous sur les caractéristiques techniques et esthétiques observables (section 3) : diamètre de roues, présence de béquille centrale, couleur d’origine, type de réservoir, puis croisez ces indices avec les évolutions chronologiques documentées.

Décoder un numéro de moteur grâce aux tableaux de correspondance

Collectionneur dans un atelier de restauration consultant une feuille affichant un tableau de correspondance numéros de moteur et modèles Solex, avec véhicule ancien visible en arrière-plan
Consulter les tableaux constructeur permet de relier instantanément numéro et modèle

Les archives constructeur confirment que la numérotation des moteurs Solex suit une logique séquentielle stricte, débutant au numéro 1000 en mai 1946 lors de la commercialisation du premier modèle à cylindrée 45 cm³. Chaque changement de modèle correspond à une plage numérique précise, documentée dans les tableaux chronologiques officiels. Comme le consigne le tableau chronologique officiel VéloSoleX, la production s’étend jusqu’au numéro 9 007 451 et au-delà, atteint en octobre 1976 avec le modèle 3800.

La méthode de décodage repose sur l’identification de la fourchette dans laquelle s’inscrit votre numéro. Un Solex portant le numéro 500 000 appartient ainsi au modèle 330 (produit entre octobre 1953 et septembre 1955, numéros 325 206 à 653 388). Un numéro 2 500 000 désigne un modèle 2200 (juin 1961 à avril 1964, numéros 2 202 001 à 3 283 292). Cette correspondance mécanique élimine toute ambiguïté, à condition de disposer d’un tableau de référence fiable et complet.

Le tableau ci-dessous synthétise les fourchettes de numérotation pour les six modèles principaux qui représentent l’essentiel de la production française. Il exclut volontairement les variantes intermédiaires et les types spéciaux dont l’identification nécessite une expertise poussée.

Fourchettes de numérotation par modèle : votre tableau de référence
Modèle Fourchette numéros moteur Période de production Équipements caractéristiques
330 325 206 à 653 388 Octobre 1953 – Septembre 1955 Roues 650, cadre noir, sans béquille centrale
660 653 389 à 1 016 250 Septembre 1955 – Avril 1957 Roues 650, cadre avec repose-pieds, noir
1010 1 016 251 à 2 202 000 Avril 1957 – Juin 1961 Roues 650, double transferts moteur, noir
2200 2 202 001 à 3 283 292 Juin 1961 – Avril 1964 Roues 600, apparition bleu et rouge
3800 3 800 000 à 9 007 451+ Mai 1966 – Octobre 1976+ Roues 600, bleu/rouge dominants, porte-bagages standard
Type 5000 Série 7 000 000+ À partir de 1971 Roues 600, cadre renforcé, finitions modernes

L’application pratique de ce tableau ne présente aucune difficulté : repérez la ligne dont la fourchette contient votre numéro moteur, puis relevez le modèle et la période correspondants. Les équipements listés dans la dernière colonne permettent ensuite de vérifier que le cadre et les accessoires présents sur le véhicule correspondent bien à cette identification. Toute incohérence signale généralement un remplacement de moteur ou de pièces au cours de la vie du Solex.

Numéro moteur vs numéro cadre : ne les confondez pas

Les collectionneurs expérimentés recommandent de ne jamais se fier au numéro de cadre pour dater un Solex, et ce pour deux raisons majeures. Premièrement, ce numéro disparaît progressivement des modèles postérieurs au Solex 2200 (1961), rendant son usage incohérent sur l’ensemble de la production. Deuxièmement, même lorsqu’il est présent, il peut différer du numéro moteur en cas de remplacement de pièces lors d’une restauration. Seul le numéro gravé au pédalier, associé au moteur d’origine, garantit une datation fiable.

Du prototype 1941 au Solex 5000 : repères visuels et évolutions techniques

Solex des années 1960-70 au cadre bleu garé sur une place de village français, montrant la béquille centrale, le porte-bagages et le réservoir caractéristiques de cette période
Les équipements visibles (béquille, porte-bagages, couleurs) affinent l’identification par période

Les caractéristiques physiques observables fournissent une méthode de vérification complémentaire, particulièrement utile lorsque le numéro moteur pose question. La cylindrée de 45 cm³ reste stable sur l’ensemble de la production jusqu’en 1988, simplifiant l’identification technique. Les évolutions chronologiques se concentrent davantage sur les équipements et l’esthétique.

Les modèles à partir de 1951 ont été équipés d’une béquille centrale et d’un levier de relevage du galet, absents des premières séries. L’apparition des repose-pieds intervient en 1956 avec le modèle 660, tandis que le porte-bagages arrière se généralise progressivement sur les versions 1010 et 2200. Ces ajouts successifs permettent de situer approximativement un Solex dans une fourchette de cinq à dix ans.

Les couleurs constituent un repère chronologique fiable mais non absolu. Les modèles de la période 1946-1961 arborent majoritairement un cadre noir. Les teintes bleu et rouge apparaissent avec le Solex 2200 en 1961 et se généralisent sur les versions 3300 et 3800. Le modèle 3800, produit sur plus de dix ans, se décline ainsi en plusieurs variantes chromatiques, rendant la couleur seule insuffisante pour une datation précise. Le diamètre des roues fournit un critère déterminant : les premiers modèles (jusqu’au 1010 inclus) roulent sur des roues de 650 mm, tandis que les versions ultérieures (2200, 3300, 3800, Type 5000) adoptent des roues de 600 mm.

La chronologie ci-dessous synthétise les évolutions majeures de 1941 à 1988, repères utiles pour situer rapidement un modèle dans son contexte de production.


  • Prototype 38 cm³ (non commercialisé)

  • Lancement commercial, cylindrée 45 cm³, numéro moteur 1000

  • Apparition béquille centrale et levier de relevage

  • Modèle 660 avec repose-pieds intégrés au cadre

  • Passage aux roues 600, introduction des couleurs bleu et rouge

  • Lancement modèle 3800, série majoritaire (numéros 3 800 000+)

  • Type 5000 avec numérotation distincte série 7 000 000

  • Arrêt de la production française

Questions fréquentes sur l’identification des Solex

Vos doutes fréquents sur l’identification Solex
Le numéro de série est partiellement effacé par la rouille, comment procéder ?

Utilisez une brosse métallique douce (laiton de préférence) en frottant délicatement la zone gravée au pédalier, sans produit chimique abrasif. Si certains chiffres demeurent illisibles, notez ceux qui sont identifiables et recoupez avec les fourchettes de numérotation : un numéro commençant par 3 8 désigne quasi certainement un modèle 3800. Complétez par l’observation des équipements visibles (roues 600, béquille, couleur) pour confirmer.

Comment savoir si le moteur de mon Solex a été remplacé ?

Vérifiez la cohérence : un numéro indiquant un modèle 330 (série 325 000 à 653 000) devrait correspondre à des roues de 650 mm et un cadre noir sans béquille. Si vous constatez des roues de 600 mm ou une couleur bleue, le moteur provient probablement d’un modèle ultérieur. Dans ce cas, l’identification repose sur le numéro moteur effectivement présent, qui détermine la référence des pièces de rechange compatibles.

Quelle différence visuelle entre un Solex 330 et un 660 ?

La différence principale réside dans la présence de repose-pieds intégrés au cadre sur le modèle 660, absents du 330. Les deux modèles partagent les roues de 650 mm, le cadre noir et la cylindrée de 45 cm³. Le numéro moteur reste le critère décisif : inférieur à 653 389 pour un 330, compris entre 653 389 et 1 016 250 pour un 660.

Le numéro de série est-il obligatoire pour assurer mon Solex ?

Oui, le numéro d’identification du véhicule figure parmi les pièces obligatoires pour obtenir un certificat d’immatriculation et souscrire une assurance. Depuis le 1er janvier 2011, l’immatriculation des cyclomoteurs anciens requiert la production du genre, de la marque, du type et du numéro d’identification. Sans ce numéro, ni immatriculation ni couverture d’assurance ne sont légalement possibles. Cette logique de localisation du numéro de série au niveau du cadre ou du pédalier se retrouve sur d’autres véhicules légers, comme l’emplacement du numéro de série sur les trottinettes électriques.

Puis-je connaître le mois exact de fabrication de mon Solex ?

Les tableaux constructeur indiquent les périodes de production par modèle (mois de début et de fin), mais déterminer le mois exact de fabrication nécessite une analyse plus fine de la progression de la numérotation. Pour les modèles produits sur plusieurs années (comme le 3800, fabriqué de mai 1966 à octobre 1976 et au-delà), le numéro moteur permet d’estimer l’année avec une marge de quelques mois. Les associations de collectionneurs disposent parfois de tableaux de datation plus détaillés.

5 vérifications avant d’acheter un Solex d’occasion
  • Vérifiez que le numéro de série moteur au pédalier est lisible et cohérent avec le modèle annoncé par le vendeur
  • Contrôlez la cohérence entre le numéro moteur et les équipements visibles (roues, couleur, béquille)
  • Recherchez d’éventuels signes de remplacement de moteur (soudures récentes au pédalier, écarts entre numéro et caractéristiques du cadre)
  • Demandez au vendeur si une documentation d’origine ou des factures de restauration sont disponibles
  • Vérifiez l’état général du cadre et des équipements pour détecter d’éventuelles modifications non documentées

Identifier un Solex avec précision ouvre la voie aux démarches administratives et sécurise l’achat de pièces détachées compatibles. Les trois méthodes présentées — numéro moteur, tableaux constructeur, caractéristiques visuelles — se complètent pour lever tout doute. La consultation des tableaux de correspondance demeure l’étape centrale, transformant sept chiffres gravés au pédalier en une datation précise et en un accès direct à quarante années d’histoire mécanique française.

Rédigé par Lucas Moreau, rédacteur web spécialisé dans l'univers des 2-roues anciens et de la mécanique vintage, attaché à décrypter l'histoire des modèles emblématiques et à fournir des guides d'identification précis basés sur les données constructeur et les archives techniques disponibles

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